Le rôle de l’imaginaire à la peuplade


Si les louveteaux s’appellent ainsi c’est bien parce que dès l’origine de la branche cadette, son fondateur Baden-Powell avait compris qu’entre 8 et 11 ans, ce qui intéresse d’abord l’enfant, c’est le jeu. Plus précisément, c’est « jouer à être comme » ou « jouer à faire comme ».

Cette activité, que les psychologues nomment jeu symbolique, prend le nom dans le scoutisme d’imaginaire. Le jeu scout devient l’espace où jeunes et adultes vivent ensemble un projet concerté et négocié autour d’un imaginaire fédérateur.
Qu’on l’appelle chasse, le jeu de la forêt ou, l’escapade, le principe reste le même : le but des maîtrises est d’organiser des activités telles que les rêves de chaque louveteau et de chaque jeannette puissent devenir réalité. Ainsi, grâce à la distance crée par le jeu, le déguisement et le décor, chaque enfant peut s’évader du monde parfois difficile et contraignant de la réalité. C’est aussi pour lui l’occasion de développer ses possibilités d’expression, de collaborer avec les autres, d’affirmer ou affiner son caractère, de surmonter ses appréhensions, d’apprendre.

Pourtant, s’il est essentiel à la construction de soi, entrer dans un imaginaire n’est pas toujours facile pour certains enfants. C’est souvent parce qu’il en a déjà fait l’expérience à la maison qu’un garçon ou une fille peut sans crainte se laisser entraîner dans un monde ou « c’est pour de faux ». Or, pour vivre une expérience comme celle-là, il faut avoir été confronté au vide, au rêve…voire à l’ennui. Ce qui n’est pas toujours si aisé à trouver dans l’emploi du temps de certains louveteaux et jeannettes.
Quelle attitude adopter, alors, lorsqu’un membre de votre peuplade fait résolument de l’antijeu, et qu’il « casse tout l’imaginaire » ?

L’antidote n° 1 réside dans la passion avec laquelle la maîtrise se lance elle-même dans l’imaginaire : des chefs déguisés, qui ont soigné le parchemin d’invitation envoyé à la peuplade avant la rencontre, et qui restent dans leur rôle tout au long de l’après-midi, ont plus de chances de donner envie aux récalcitrants d’entrer dans le jeu, qu’en restant sur le bord, sifflet aux lèvres. Si les enfants constatent que leurs chefs prennent du plaisir à « faire semblant », on peut se dire qu’ils auront envie d’en faire autant.
Ensuite, il est nécessaire que l’escapade soit bâtie autour d’un but à atteindre : pourquoi allons-nous jouer à être des espions ou Harry Potter ? S’il n’y a pas d’enjeu, de rebondissements et de péripéties dans la quête de nos héros, ceux-ci risquent fort de se décourager assez vite !

Si ces antidotes ne sont pas suffisants, il est possible également de faire de l’enfant qui peine à entrer dans le jeu, un allié. On peut tout à fait lui expliquer que même si on sait tous que c’est pour de faux, on va faire semblant pendant toute la durée de l’escapade, et que ça sera très agréable. N’a-t-il pas déjà pris plaisir à parler du Père Noël à sa petite sœur, en faisant comme s’il y croyait lui-même ?

Enfin, attention à ne pas prendre pour de l’antijeu des remarques dont le but est simplement de permettre aux enfants de se situer entre réalité et imaginaire. Au début de sa vie, l’enfant évolue dans un monde qui n’est pas rationnel. Il ne sait d’ailleurs pas faire la différence entre l’imaginaire et la réalité. La distinction entre les deux mondes prend du temps et ça n’est que peu à peu qu’il devient capable de faire la différence entre le réel et l’irréel. Ainsi, un commentaire du style « je suis sûr que c’est Jérôme sous le déguisement. J’ai reconnu la cicatrice sur sa jambe. Hein c’est toi, Jérôme ? » n’a pas nécessairement pour but de ridiculiser l’imaginaire que vous avez bâti. Il peut s’agir tout simplement pour l’enfant de se rassurer sur le fait que là, la peuplade est bien en train de jouer et que c’est une histoire inventée qu’on vit.
D’où l’importance aussi, d’éviter les imaginaires trop proches de certaines réalités difficiles à vivre pour des enfants.

Si l’on récapitule la formule presque magique qui fait prendre la sauce de l’imaginaire, ça nous donne :

  • La maîtrise soigne les détails du décor et joue le jeu à fond,

  • l’escapade est construite, avec un lancement, des péripéties, un but à atteindre et une résolution. L’imaginaire choisi n’est pas inquiétant ou trop proche de la réalité.

  • Derrière son déguisement de grand chef sioux, le chef sait rassurer le louveteau un peu inquiet et faire un pacte avec la jeannette récalcitrante.


Emmanuelle Audras (responsable nationale louveteaux-jeannettes 2008-2011)
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